Archives de Catégorie: Critiques

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A propos de croyances

Office Divin

Je n’arrive pas à comprendre ces institutions (et ces gens) qui se bornent à tout progrès. Parce qu’on s’entende, nous parlons bien de progrès et non de perversion! À quoi bon toujours faire comme nous avons toujours fait si cela nous réussit si mal?

Je suis en exaspération constante contre l’église Catholique qui, ce matin encore, m’a prouvé qu’elle ne mérite pas moins que ma désolation devant tant d’abrutissement.

08/07/2008
« A l’issue d’un débat passionné entre libéraux et traditionalistes, le Synode de l’Eglise d’Angleterre, l’Eglise mère de la communauté anglicane, réuni à York, a voté lundi soir avec une majorité confortable en faveur de l’ordination de femmes évêques. (…)

Réagissant à cette annonce, le Vatican a exprimé mardi son « regret », estimant qu’elle constituerait « un nouvel obstacle à la réconciliation » entre les deux Eglises. »

Je dirais comme Dany Laferrière qui disait, réagissant à ce même nouvelle : «Y’a pas une expression qui dit : Mêlez vous de vos oignons? » Exactement! Je ne vois pas pourquoi l’Église Catholique se fourre encore le nez dans les affaires de l’Église Anglicane étant donné que la scission s’est faite au 16e siècle.

Enfin bref, je ne vais pas me lancer non plus sur le débat plus que futile sur la nomination du Dr. Morgentaler à l’Ordre du Canada et de tout la tôlé que les gens pro vie (y compris, évidement, notre chère Église) mènent.

C’est drôle, parce que je dois dire qu’étant plus jeune j’étais non seulement catholique, mais pratiquante. À tous les dimanches ou presque, j’allais à la messe avec mon père. Nous marchions jusqu’à l’église qui était à moins de 10 minutes de marche, puis nous revenions à temps pour le brunch dominical que ma maman nous avait préparé. Je suis allé à la messe jusqu’à l’âge de 13 ans. Ce qui est, je pense, relativement vieux pour ma génération. De ma famille de 5, il n’y avait que moi et mon père qui allaient assister à la messe.

Je ne peux pas dire que j’ai « cru » en l’Église durant ce temps, je ne savais pas vraiment ce que cela représentait. Par contre, je croyais très certainement au bienfait qu’apportait la prière (que je ne pratiquait que le dimanche) et le recueillement dans un lieu où tout le monde est uni dans ce même état de grâce et de paix intérieure.

Maintenant, il faut comprendre que notre curé était un homme exceptionnel. Aucunement à l’image de l’Église Catholique. C’était un homme de taille moyenne, mais imposant par son poids. Il faisait souvent des blagues sur ce surplus de matière, d’ailleurs. Pour cet homme, il n’y avait tout simplement pas de réconciliation à faire avec l’Église Anglicane; parce qu’il n’y avait jamais eu de coupure.
Je dois vous mettre en contexte parce que je parle de quelque chose de relativement complexe. La ville où j’ai grandi est une ville moitié anglaise et moitié française. Ajoutez à cela aussi très croyante. Dans mon petit village, il y avait une église catholique, une église anglicane, L’abbaye de Rougemont qui est une abbaye cistercienne dédiée à Notre-Dame de Nazaret, les pèlerins de St-Michel et finalement Les Missionnaires Oblats de Marie-Immaculée. Ça fait beaucoup de monde croyant pour une ville d’environ 2300 personnes…

Donc, comme je disais, pour notre curé, tout ce beau monde faisait partie de cette même belle famille. En fait, pas seulement notre curé, mais bien pas mal tout le monde. Il n’était pas rare de recevoir LA curé de l’Église Anglicane pour nous parler de la Bible et bla bla bla. Rougemont étant également une ville très « Country » nous avions même droit Ave Maria et au Notre Père chanté par une vraie de vraie chanteuse country. À ma connaissance, nous n’avons jamais eu de problèmes d’accommodement DÉraisonnable et tout le monde vivait dans la joie et l’allégresse. Alléluia.

En grandissant, je me suis rendu compte que l’Église Catholique, sa vision et tout le tralala, était plutôt loin de l’image que je m’étais fait de cette religion. J’ai tellement été dégoûtée par ce que j’ai appris que j’ai rompu net avec toute religion en général.

Voilà la belle histoire de ma spiritualité. Je ne voulais pas écrire un si long texte. Je voulais plutôt parler de la nouvelle, mais ça s’est plutôt muté en témoignage. Toutes mes excuses. Allez en paix, mes enfants.

Église Anglicane

La toune mignonne église Anglicane de Rougemont.

Image du haut tirée du site de l’Abbaye

Article tiré du LeVif de Belgique. Article complet

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Haut de forme

haut de forme

Monsieurs D. Je suis tombé dessus par un pur hasard au cours d’un désintérêt errant sur le virtuel.

Dattola, artiste tout droit sorti d’un rêve. Sa musique est différente, douce, troublante. Elle ressemble un peu aux débuts de Pierre Lapointe du temps de la Valse Électrique, sans l’arrogance et la voix agressante.

Le jeune et beau français nous livre ses expériences sonores mélangeant l’électro doux, la pop désarticulée et l’indie funèbre. Il en est rendu au stade du démo, pas encore signé, rien. Mais ça viendra, aucun doute ou je n’ai plus confiance en la musique.

Malheureusement je n’ai rien à vous mettre sous la dent, mais vous pouvez aller faire un petit tour sur son espace myspace, quatre titres complets y figurent et résonnent (haut de forme et animal lecteur sont excellentes, d’ailleurs).

Avec de la chance, il sera en concert à Paris durant mon voyage, qui sait?

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About Neon Bible

about neon bible

J’ai reçu l’intégrale du nouvel album d’Arcade Fire, Neon Bible.

Je l’ai écouté une fois après qu’un ami m’ait convaincue d’ouvrir le fichier.

J’ai regretté amèrement pour mon manque de convictions.

J’ai supprimé ledit fichier.

J’ai promis de ne pas recommencer une telle aberration envers n’importe quel artiste.

Je vais acheter Neon Bible le 6 mars.

On n’en parle plus.

Le disque est excellent, en passant. Mais ça, je suppose que nombre d’entre vous le savez déjà…

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La destruction de mes préjugés (ou comment Albert Hammond Jr a acquis ses lettres de noblesse)

La destruction de mes préjugés

Je dois avouer que j’étais sceptique, même très défavorable quand j’ai entendu parler de l’idée d’Albert Hammond Jr de faire un disque solo. Habituellement, quand les membres d’un de vos groupes fétiches commencent à endisquer seuls, c’est le début de la fin. Je n’ai aucunement envie de voir le premier groupe indie auquel je me suis intéressé se dissoudre. Pour ceux qui ne seraient pas aussi obsédé que moi, Hammond Jr est l’un des deux guitaristes du groupe The Strokes.

Donc, ce cher Albert a créé son propre groupe, composé de lui-même, Matt Romano et Josh Lattanzi . Encore une fois si vous connaissez bien The Strokes, vous savez que ces deux compagnons sont des amis proches du band. Il n’y a rien de bien nouveau. Le disque est sorti le 6 octobre dernier et je dois avouer que j’étais un peu trop bornée dans mes idées préconçues pour daigner y jeter un coup d’œil. Non seulement je voyais ce disque, Yours to keep, comme une traîtrise immonde à mes idoles, mais j’ai également toujours moins aimé Hammond, le comparant à Valensi, son compagnon à la guitare, ou à Casablancas qui a un charisme hallucinant. Quand j’ai entendu dire que les chansons sur cet essai solo avaient été refusées par le groupe et qu’Hammond Jr allait, en quelque sorte, les recycler il n’y avait plus rien pour me faire changer d’avis sur son cas. Sauf, évidemment, écouter une pièce sans le savoir.

Cette semaine, je suis tombé sur la pièce Back to the 101 d’Albert Hammond Jr et je n’ai pu faire autrement que d’être charmée. On reconnaît très bien le style sec, rapide propre à la guitare d’Hammond dans toutes ses pièces. C’est un disque épuré aux saveurs indie incontestables, d’une simplicité que je ne connaissais pas de lui si on regarde l’attitude générale des Strokes. Yours to keep n’a rien de révolutionnaire, mais rien de recyclé non plus. Ce n’est pas un disque de The Strokes avec moins d’effectifs, ça ne se ressemble pas et c’était le piège à éviter. Mais dans tout cela, ce qui m’a le plus impressionné c’est la voix d’Albert qui est vraiment agréable. Je ne savais pas à quoi m’attendre donc, pour ainsi dire, je n’avais aucune attente. J’avais pris pour acquis que ce serait mauvais. Au contraire, sa voix est douce, un peu rauque par moments. Ce n’est pas un chanteur exceptionnel, mais il chante avec talent, exactement dans ses cordes. Il y a un bon équilibre entre les paroles et la guitare ambitieuse. Bref, tout pour me jeter en bas de ma chaise.

Apparemment, je n’étais pas la seule à avoir des réserves. Plus tôt, ma sœur entre dans ma chambre, Yours to keep résonne doucement dans la pièce.
-C’est qui?
-Le nouvel album d’Albert Hammond Jr.
-Vraiment?
-Ouaip.
-C’est lui qui chante?
-Ouaip, impressionnant hein?
-Tu dis! Il vient de monter dans mon estime. Je le veux, ce disque.

Il sera à Montréal au Metropolis le 27 mars 2007.

Yours to Keep / Albert Hammond Jr /Scratchie-New Line Records
Cartoon Music For Super Heroes
In Transit
Everyone Gets A Star
Bright Young Thing
Blue Skies
Back To The 101 (le videoclip est plus bas)
Call An Ambulance
Scared
Holiday
Hard To Live (In The City)

Je sais que sais que c’est mal d’avoir des préjugés, mais bon, je ne pouvais pas m’en empêcher.
Est-ce que ça vaut la peine que je fasse ce genre de post? Est-ce que je devrais en faire plus souvent?

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High hopes and expectations

C’est différent, mais en même temps c’est pareil. Pas très clair, je sais, mais c’est ce qui ressort après quelques écoutes du nouvel album de Muse. Sorti tout récemment, (le 11 juillet) Black Holes and Revelations est un opus de 45 minutes et 11 pistes plutôt robustes. Il y a beaucoup de changements dans l’ensemble, mais le son Muse y est toujours.

Le groupe a mûrit, c’est indéniable. Il ne faut pas s’attendre à un son jeune et inconstant, à l’espèce de rush de notes du premier album ni à la surcharge émotionnelle du deuxième et encore moins aux saveurs classique du troisième. Quoi alors?

Muse a délaissé ses compositions linéaires et faciles. On n’y retrouve plus la méthode couplet, refrain, couplet, solo de guitare, refrain. Nous assistons plutôt à une évolution-révolution progressive dans chacune des pièces. Chacune d’elles renferme son propre univers et pris séparément elles sont aussi complètes que l’album en son entier. Les instruments qui oeuvraient séparément dans les albums précédents travaillent maintenant ensemble. Beaucoup moins d’importance de la part de la guitare et très peu de piano, ce qui est étonnant après une écoute d’Absolution. Même si certains vont regretter cette époque où Bellamy s’épanchait sur sa guitare durant des solos déchaînés d’une minute et plus, peut-être vont-ils remarquer le travail impressionnant de la batterie et l’implantation de la guitare acoustique, de violons et de trompettes. Il y a des essences de funk, de musique latine, de calypso, de jazz, de toutes sortes de choses dans cet album et c’est une nouveauté dans le son de Muse. Le talent incroyable de Matthew Bellamy est mis à profit avec une maîtrise toute nouvelle de sa voix. Plus mature de durant les premiers pas du groupe, il nous propose une nouvelle approche qui fait écho aux innovations de Black Holes and Revelations.

Muse a parfaitement relevé le défi qui était de renouveler leur son. Pour ce qui est des textes, il y a là aussi un éventail plus grand quant aux choix de sujets et une approche un peu plus terre à terre. L’album est généralement plus optimiste que ses prédécesseurs, excepté Take a bow qui ouvre la marche et Soldier’s poem qui manie très bien les chœurs et l’ironie avec une mélodie qui rappelle les chansons dans la Belle au bois dormant avec un texte comme : «And you think you deserve your freedom, No I don’t think you do, There is no justice in this world, And there never was.» Supermassive black hole et City of Delusion sont sûrement les pièces qui reflètent le plus les changements de direction du groupe. Pour les nostalgiques, Assassin et Ex-Politics devraient vous satisfaire.

Avec leurs premiers albums, Muse avait déjà de quoi faire des prestations monstres et on dirait que Black Holes and Revelations va les aider à asseoir leur influence et assurer quelques bonnes pièces durant les nouveaux shows. Je pense entre autres à Starlight qui ne peut qu’être divinement incroyable sur scène et Knights of Cydonia qui sera sans doutes tout aussi bonne.

Ce sera à voir le 31 juillet au quai Jacques Cartier où je ne manquerai pas d’y être, histoire de confirmer mes dires et recharger ma pile au son de la voix stridente et cristalline de Bellamy.

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Deux par deux dégoûtés

Si j’avais quelqu’un avec qui m’engueuler en ce moment, ce serait certainement Pierre Lapointe. Ce cher grand bonhomme a fait l’impensable, l’incroyable erreur de scrapper une magnifique pièce avec le plus ridicule vidéoclip jamais vu à ce jour par mes pauvres yeux qui ont failli griller direct dans leurs orbites. Comment une si jolie composition telle «deux par deux rassemblés» a fait pour accoucher d’une telle horreur visuelle, je n’en ai aucune idée, mais depuis que j’ai vu le plus horrible, je ne fais que chicaner et jaspiner sur le sujet tellement que mes proches n’en peuvent plus de m’entendre. Outre l’incroyable colère que la chose a déclanchée, je suis profondément déçue par Lapointe qui est un artiste que j’aime et admire beaucoup. Je croyais avoir un amour inconditionnel pour ses œuvres, ça m’aura au moins appris à revoir ma confiance aveugle. Pour ceux qui ont eu le bonheur d’être épargné par la douleur que le clip pourrait causer à votre cœur, tête et esprit, sachez que ledit clip est (ou sera sous peu) sur les ondes de Musique plus et Musimax. «Deux par deux rassemblés» est un amas de mauvais goût aux essences pseudo pop quétaine qui se veut kitsch, mais échoue qui lamentablement. Je comprends bien l’envie de Lapointe de tendre vers le pop, mais il y a tout de même des limites à délaisser son style esthétique très efficace pour se jeter tête première dans le surfait, le déplacé et le laid. C’est a peine si Lapointe ne porte pas fièrement un chandail de loup et des jogging gris. J’ai eu peine à regarder le vidéo en entier tellement il n’y a rien d’intéressant à l’intérieur. Le concept est faible, peu travaillé et avouons-le mal fait. Filmer des danseuses (ce qu’elles font là est d’ailleurs un mystère) qui ne sont même pas synchro devant un écran bleu pour y mettre des images fluo, des éclairs et des galaxies dépasse l’entendement. Leur danse est d’ailleurs totalement ridicule et dénudée de but, mais le plus troublant c’est qu’on dirait que c’est voulu. En fin de compte, peut-être aurait-il valu la peine de fermer mon écran avant la fin, cela m’aurait épargné la séquence avec Yann Perreau (ce qu’il fait là est d’ailleurs un plus grand mystère) qui se «bat» avec Lapointe. Nous avons droit à des éclairs et des «boom» et des «kapow» à la Batman en plus. La séquence où deux des filles sautent comme de vraies épileptiques difformes, bossues, écumantes, violentes, absurdes, enragées et avec des coiffes amérindiennes ne vaut même pas la peine que j’en dise ce que j’en pense. Je ne rigole même pas. Tout ceci est simplement pa-thé-tique.

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Van Sant et la douleur humaine

Ce n’est pas Kurt Cobain, ce n’est pas sa vie ni sa mort. Ce ne sont pas ses amis, sa maison, ses cahiers de notes. Ce n’est pas Kurt Cobain. Ils n’essaient pas de l’être. Michael Pitt, Gus Van Sant, Last Days, tous, ils n’essaient pas d’être le défunt chanteur. Ce serait mal comprendre l’œuvre de Sant, mal comprendre le portrait brisé que le réalisateur a construit. Last days est, en quelques sorte, le troisième volet de la série de films de racine indépendante, de cinéma libre, d’essais sur l’inconnu, de Gus van Sant. Cette trilogie a commencé alors qu’il a réalisé Garry en 2002, qui a été suivi du célèbre film Elephant en 2003 pour terminer avec Last Days en 2005. Van Sant a un amour incontesté pour le vide, l’absence d’action, la présentation d’une œuvre qui existe sans l’aide de son créateur.

Des trois film, Last days est le plus complet, le mieux réussi. Last days démontre que Van Sant est passé maître dans l’art de la suggestion et du minimalisme. Il ne faut pas s’attendre à une reconstitution de la mort du chanteur de Nirvana, on ne pourra qu’en sortir déçu. Malgré l’inspiration que l’idole du grunge a donné au film, c’est un tout autre personnage que le réalisateur a construit et détruit dans son film. Ce qui donne sa valeur au film, c’est cette destruction (déjà grandement entamée dès le début du récit) quasi chirurgicale qui est dépeinte. Van Sant a ce don pour dénuder ses personnages et de nous les imposer, de les faire suer, se dévider, vomir sur la pellicule, et ce, avec le minimum de dialogues. Le film défie le spectateur dans ses attentes, contourne les chemins faciles. Jamais il n’essaie de nous montrer une vérité, mais jamais il ne ment. Last days est un film vide, les personnages sont vides, les décors, les buts, les avenirs, tout. C’est poignant, terriblement dur.

La détresse de Blake rend mal à l’aise. Ses constants marmonnements dénudent un esprit troublé, son inaction engourdit les perceptions, son mal de vivre passe au travers l’écran et empoisonne le témoin. Témoin parce que c’est un autre tour de force de Van Sant : celui qui mène le spectateur à se sentir voyeur, presque responsable du malheur de Blake.

Sant ne montre presque rien à l’écran. Il laisse ses personnages sortir du cadre ou bien sa caméra unique et fixe se concentre exclusivement sur le sujet principal, et ce, même s’il y a de l’action dans la pièce. Le montage est à l’image de son sujet : pris dans un cercle infernal et pathétique. Reprise de certaines scènes, mais plus longue et d’un autre point de vue. Ordre et désordre, l’univers de Gus van Sant est chaotique, immensément grand et très confiné en même temps. L’effet est très bien réussi, le témoin se retrouve plongé dans une confusion similaire à celle des personnages. L’espace-temps n’existe plus.

Malgré cette absence de chronologie, cette enveloppe de choses que l’on entend, mais que l’on ne voit pas, ce minimalisme déstabilisant, Blake est accaparant. Il s’accroche et on ne peut faire autrement que d’essayer de comprendre. Michael Pitt traverse toujours les mêmes cadres, marmonne sans cesse des trucs inaudibles même pour les sous-titres, mange un peu, flatte un chat, écrit dans une petite bicoque.

Quelques fois, il prend sa guitare et gratte une mélodie dont il n’est jamais satisfait. Son esprit s’échappe et il essaie de le retenir dans ses paroles et sa musique. Il n’y arrive plus, on sait qu’il y est déjà arrivé. Van Sant compte sur ces courts moments de création (énorme contraste avec la destruction habituelle du film) pour accrocher pour de bon son spectateur, pour qu’à la fin, on pleure la perte d’un vrai talent brut et pur.

Il n’y a aucun message, aucune raison à la misère de Blake : inutile. Il est question de la détresse humaine, de la mort, de la fin d’une étoile qui n’a jamais pu briller. Certains ont trouvé l’aspect contemplatif, défaitiste, terriblement ennuyant. Il est dommage qu’ils n’aient pu capter la profondeur du tableau. Van Sant offre une œuvre peu accessible, vrai, mais d’une beauté rarement effleurée. La mort de Blake est belle, simple : l’esprit nu du chanteur qui quitte le corps pour montrer une échelle invisible. Comme si la mort l’avait fait vivre, comme si la chanson qu’il a composée : From Death to Birth résumait, finalement toute l’œuvre.

Last days de Gus Van Sant est un magnifique collage de douleur humaine. Il faut regarder le film avec l’esprit malléable. Last days n’a pas grand chose à transmettre, ce n’est pas son but de toute façon. Il est là pour rendre compte d’une douleur qui ne se termine que par la mort; une chronique nécrologique. Le film se termine, mais reste. Il est frustrant d’avoir si peu avancé et rien résolu. Elle est là, la force de Van Sant, celle qui provoque des idées qui s’entrent choque durant plusieurs jours. Last days est bien plus qu’une copie des derniers jours de Cobain, il explore au-delà d’une tragédie, il plonge dans l’humanité.

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