Chapitre 2: Le premier voyage

Chapitre 2 : Le premier voyage

Maa-Alune choisit de créer les Ambres grand et minces avec des visages étroits et longs pour rappeler les formes du renard. Il donna à leur peau une teinte dorée, comme sa fourrure et des cheveux couleur cuivre fins et abondants. Dans leurs yeux généralement verts ou bleus il alluma un éclat vif et joueur.

Le dieu-renard enseigna à son peuple jeux d’adresse et de logique. Il fonda une civilisation basée sur la vivacité d’esprit et la saine compétition. Les Ambres se révélèrent des élèves doués et avides de connaissances. Ils vénéraient Maa-Alune qui en retour leur offrait protection et leur apprenait autant de choses diverses que l’élevage de troupeaux, la lecture et l’écriture, la pèche et la construction d’édifices complexes. C’était l’ère de l’Équilibre.

Les peuples de Thunor et Maa-Alune prospéraient, s’enrichissaient et se développaient vite et bien. Les dieux établirent des routes commerciales et fixèrent des frontières communes. Puis, un autre dieu fut expulsé d’Arcadie et banni des Mondes Supérieurs ; Nuada.

Nuada, le dieu-guerrier, fit la rencontre de Maa-Alune et celui-ci à l’image de Thunor quelques siècles plus tôt, lui montra les merveilles de sa civilisation. Nuada fut impressionné par le travail de Maa-Alune et s’en fut trouver une terre pour commencer son travail.

Le dieu-loup partit au nord du Centre du Monde mais n’y découvrit qu’une terre plate recouverte d’un sol sablonneux et d’une herbe rêche. Il continua de marcher, toujours au Nord, mais ne découvrit pas de meilleure terre et aucune autre civilisation. Nuada s’arrêta alors de marcher, furieux de ne trouver ni belles montagnes, ni étendue d’eau limpide, ni bois odorant où loger son peuple.

Dans le cœur de Nuada germa alors une jalousie noire et sauvage envers Thunor et ses immenses montagnes protectrices et Maa-Alune et sa terre fertile et ses eaux azurs. Il s’installa sur la terre sablonneuse et entreprit de bâtir un peuple fort et puissant. Ainsi naquit, dans la rage et la rancœur le peuple de Corinthe.

Les Corinthiens devinrent de valeureux guerriers et des chasseurs hors pairs. Nuada leur enseigna les secrets des métaux et ils créèrent des alliages résistants et souples. Les Corinthiens se montrèrent aimables avec les Ambres au début, mais développèrent rapidement un esprit de compétition avec leurs voisins. Éventuellement, Nuada et son peuple déclarèrent ouvertement vouloir acquérir la terre d’Ambre.

L’ère de l’Équilibre prit fin lorsque Nuada lança sa première vague d’attaques massives contre le peuple d’Ambre et son dieu protecteur.

– Extrait de La Naissance d’Ambre par Salem le Pieu

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« Recruter des Ambres si jeune n’est sans doute pas une mauvaise idée. Non seulement les élèves ont plus de facilité à apprendre, mais les liens qui se tissent entre précepteurs et novices forment le cœur de la réussite de l’Ordre ; bien avant le culte d’un dieu mort. »


– Vestio de Beloit, second Oracle du Roi Adalfar

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Je quittai définitivement ma famille l’après-midi même. Ma mère me prépara un petit sac de voyage qui ne contenait pas plus que quelques guenilles pour me changer, de chaudes chausses de laine pour les journées froides, deux grosses miches de pain de voyage et quelques lanières de poisson fumé et séché. À Castair, elle offrit quelques piécettes pour couvrir une partie des frais qu’encourrait notre voyage. Mon père m’offrir un bâton de marche poli par l’usage fréquent sur lequel il avait gravé des moutons et des étoiles.

J’avais le sentiment de perdre quelque chose et de renoncer à une vie pour laquelle je semblais être destiné. Un frisson d’angoisse me parcourut lorsque je dus faire le premier pas. Castair s’éloigna lentement et me laissa le temps d’affronter ma peur. L’envie de renoncer me prit, mais le goût de l’aventure et de l’inconnu eurent raison de moi et je rejoins Castair au pas de course.

Je ne regardai pas en arrière et parcouru courageusement le petit sentier menant à la grande route de Tessalon. Des larmes vinrent piquer mes yeux, mais je les chassai résolument du revers de la main. Arrivés à la jonction entre le sentier et la route, Castair pris la direction du sud, opposée à Tessalon.

-C’est un long chemin jusqu’à Mikelis. » Fit Castair plus pour lui-même qu’à mon attention.
-Je ne suis jamais allé dans cette direction. Allons-nous marcher tout le long ?
-Je ne sais pas. Si j’arrive à vendre mes talents de scribe peut-être pourrons-nous nous joindre à une caravane qui descend vers Englehart.

Castair prit une grande respiration et fit le premier pas qui nous séparait de la cité sacrée de Mikelis.

Nous marchâmes en silence un bon moment, tous deux absorbés par nos réflexions. J’étais habitué à la marche et j’arrivais sans mal à suivre le pas leste du moine. Je voyais maintenant les vallons couverts d’herbe tendre d’un nouvel œil, me demandant si je les voyais pour la dernière fois. Au bout d’un moment, mon compagnon entonna une ritournelle sur le Pacte des Renards, créateurs du Nouvel Ambre. La ritournelle était facile et je pus rapidement la chanter avec lui.

-Tu as une bonne mémoire Mènuo, c’est une très bonne qualité pour un moine.
-Merci, Messire.
-Ah, je t’en prie, pas de Messire avec moi ! Je suis ton précepteur maintenant. Au temple, tu verras, chaque élève a un précepteur, ou plutôt un guide qui aide le novice à s’intégrer à l’Ordre. J’ai comme devoir de m’assurer que ton éducation se passe correctement et que tu ne manque de rien, en échange de cette protection, tu te dois de bien me représenter. Vois-le un peu comme un apprenti et son maître excepté que notre entente est tacite. C’est un genre d’aide. Une fois au temple, tu intégreras une classe de novices, tous des jeunes comme toi recrutés par des moines ambulants. Le soir, tu assisteras à la célébration de Maa-Alune et nous pourrons nous retrouver pour discuter de ta journée. Tu verras, la vie de novice est simple et agréable.
-Combien de temps vais-je être novice ?
-Durant trois ans, après, tu prononceras tes vœux pour devenir moine. À vingt ans, tu partiras en quête d’un Ambre qui veut se joindre à nous, exactement comment nous le faisons en ce moment.

Nous continuâmes de marcher d’un bon pas pendant trois bonnes lieues quand Castair décréta nous allions nous arrêter sur le bord du chemin pour nous reposer.

Nous gravîmes le petit talus qui bordait la route et nous nous installèrent sur des pierres chauffées par le puissant soleil d’été. J’avais les jambes molles et fatiguées et j’avais déjà bu toute l’eau de mon outre. Castair me prêta la sienne, un sourire compatissant sur les lèvres. Une fois rafraîchi, je me laissai choir dans les herbes hautes, arracha une longue tige dont je suçai la base sucrée.

-Castair ?
-Oui ?
– Comment savoir si j’ai fait le bon choix ? J’ai pris une décision si vite ! Je vous l’ai dit, mes parents ne nous ont rien appris sur l’Ordre et Maa-Alune… Et si tous les enfants en connaissent plus que moi ?

À mesure que je posais mes questions, je m’affolais et redoutais les réponses. Le monde commença à tournoyer furieusement autours de moi. Soudainement, ma maison et ma famille me manqua terriblement et je me demandai si je pouvais retourner chez moi avant la tombée de la nuit.

Castair s’installa dans les herbes à côté de moi et me fit un sourire bienveillant.

-Tu me ressembles beaucoup, Mènuo. J’avais les mêmes appréhensions quand j’ai décidé de suivre Eirwen. Je t’assure que tout ira bien. Tu n’es même pas obligé de rester, si la vie de temple ne te plait pas ! Écoute ce que te dis ton cœur et ton âme. Si tu ressens une attirance envers Maa-Alune, au contraire de tes frères et sœurs et même de tes parents, c’est qu’il doit y avoir une raison.

J’hochai de la tête, encore trop effrayé pour répondre. Je pris une grande respiration et me calmai. Les yeux toujours fermés, je sondai mon cœur et entendit le rire du renard de mon rêve. Étonné, j’ouvris les yeux et Castair me sourit.

À partir de ce moment, je me laissai porter par la confiance de Castair, en moi et en son culte.

Les jours qui suivirent ressemblèrent beaucoup à notre premier après midi. Nous marchâmes toujours sur la route de Tessalon, descendant toujours plus au sud. Au midi de la cinquième journée, la route se fit plus large et de petits villages commencèrent à apparaître en bordure de la route. Nous croisâmes des marchands et leurs basses charrettes en direction de la province de Quart ou alors vers le nord. Le peu de gens qui allaient dans la même direction ne s’attardèrent pas à discuter ou voyager avec nous. Si j’avais bien suivi Castair les deux premiers jours, mes petites jambes d’enfant commençaient à trouver la marche longue et pénible.

-Encore un peu de travail, Menuo ! Nous arrivons à Warren la paisible. Nous avons fait la moitié du chemin !

Devant moi se dessinaient les lignes de la plus grosse cité que j’avais eu l’occasion de voir jusqu’à présent. Warren se trouvait au bord du large fleuve Cetan. Bâtie directement sur les galets de la rivière paresseuse, la ville ne ressemblait en rien à Tessalon, petit poste de commerce provincial. Les rues étaient larges de cinq charrettes et étaient envahies d’étals de marchands et d’éleveurs de toutes sortes. Bien évidement, il y avait des moutons fauves comme ceux qu’élevait mon père, mais aussi des oies aux pattes noires aussi grandes que moi, de petits chevaux gris utilisés pour tirer les instruments de récolte et de petits porcelets malodorants prisés pour leur viande tendre et leur régime peu difficile. Warren était continuellement prise dans un nuage de poussière produite par les courants d’air venant du fleuve qui soulevait le sable et s’insérait dans tous les interstices. La majorité des habitants portaient sur la bouche un châle ou un foulard pour se protéger la bouche et le nez du sable. Les bâtiments étaient construits d’un mélange du sable et de galets du fleuve et donnaient une couleur fauve au paysage. L’incessant mouvement des marchandises qui transitait sur le Cetan et sur la terre faisait de Warren une petite merveille d’activité pour l’enfant inexpérimenté que j’étais.

Castair me saisi fermement par la main et m’entraîna dans la foule dense du marché. Nous fîmes un arrêt à une petite échoppe qui vendait des pâtés de patates douces et de tranches de cochonnet puis nous nous frayâmes un chemin jusqu’au port. Aux quais, l’activité était à son comble. Castair me fit signe de le suivre et nous nous dirigeâmes vers l’une des extrémités. Là s’élançait vers les eaux une petite promenade sur pilotis. Quelques jeunes pêchaient assis les jambes ballantes et d’autres se lançaient à l’eau pour se baigner. Castair nous trouva un petit coin en retrait et s’installa les pieds dans l’eau après avoir soigneusement retiré ses bottes. Je l’imitai. Il me tendit un des pâtés et je croquai à pleines dents dans la pâte beurrée. Une sauce onctueuse et épicée réveilla ma faim et je fis un festin de la petite pâtisserie. J’en mangeai un autre aussi rapidement puis sourit béatement.
-Ils sont bons, hein ?

J’hochai vivement la tête.
-Quand je viens à Warren, j’en fais toujours provisions. C’est étonnant comment ils se gardent bien plusieurs jours. Si tu veux en profiter pour te décrotter un peu, n’hésite pas, tu as les cheveux collés de sable !

J’obéi et me glissai dans l’eau étonnamment chaude. Je frottai ma tignasse pleine de nœud et rinçai mes vêtements.
-Il faudra te les couper au temple.
Je levai le regard vers Castair.
-Je croyais que ce n’était que les moines ambulants qui se les rasaient ?
-Ah non, tout le monde les porte courts. Tu dois faire don de tes cheveux à Maa-Alune pour rentrer dans l’Ordre.

Je passai distraitement la main dans mes cheveux en me demandant comment je me sentirais avec que la peau sur la tête.
-Il ne fait pas un peu froid, sans ?

Castair éclata d’un rire sonore qui me fit sentir bête. Voyant mon embarras, il répondit :
-N’aie crainte, on s’habitue vite.

Je n’ajoutai rien plongeai sous l’eau. Après l’effort de la marche continue, pouvoir nager et me détendre me remplissait d’une onde de bien être. Castair m’appela à le rejoindre et nous retournèrent vers le centre de la ville. Il m’emmena dans un petit temple construit au beau milieu du marché. Des prêtres de Maa-Alune nous accueillirent et pour seulement quelques piécettes, ils nous logèrent et nous offrirent le déjeuner.

Cette nuit là fut la plus reposante de notre voyage. Le luxe d’un lit bien rembourré était le bienvenue et Castair me laissa même dormir très tard alors qu’il allait voir si nous pouvions nous joindre à une caravane qui descendait vers le sud.

Il revint vers midi alors que je prenais le goûter avec les moines dans leur petite salle à manger. Certains, à peine plus âgés que moi, m’entretenaient sur les plaisirs de la vie de moine et comment ils avaient apprécié leur apprentissage. Je quittai avec moins de réticence que lorsque j’étais entré et armé d’une nouvelle confiance en moi. Castair nous avait trouvé une place dans une caravane qui descendait jusqu’à Vermillion et à ma surprise, il nous dirigea vers les quais et non vers la route.

Suite bientôt!

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4 Commentaires

Classé dans Ambre, Stories & Essays

4 réponses à “Chapitre 2: Le premier voyage

  1. Louise

    Facile à lire et fluide. J’ai, par toutes les descriptions, l’impression de vivre au même rythme que les personnages, j’avais presque de la poussière dans la bouche. Merci

  2. Alexandra

    C’est très bien, j’en ai même oublié que j’étais dans un cours! J’aurais bien aimé voir les adieux avec sa famille, je pense que ça serait un bon ajout.

  3. Hmm j’ai essayé, mais je trouvais ça vraiiiiment cheezy de la manière que je l’avais écrit et j’ai préféré retirer toute cette partie. Je vais y penser. Mais en même c’est plus ou moins important.

  4. Pingback: Chapitre 2: Le premier voyage (suite et fin) « Sans Saveur Ni Odeur

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