Prologue

Prologue

Bien avant la création d’Ambre, le dieu-magicien Maa-Alune résidait parmi les autres Esprits Puissants dans l’harmonieuse citée d’Arcadie au cœur des Mondes Supérieurs. Un jour, le dieu-renard eut l’audace de perturber le Grand Calme de la plus belle des cités. Les Esprits Puissants en charge de la paix d’Arcadie furent hautement agacés par le comportement du dieu-magicien et n’eurent d’autre choix que d’expulser Maa-Alune et le condamer à l’exil dans le Monde Temporel.

Le dieu-renard atterrit au Centre du Monde ; coupé d’Arcadie pour toujours. Ne sachant que faire, il se mit en marche afin d’explorer sa nouvelle prison. Il traversa vallées, montages, rivières et déserts intouchés. Il marcha longtemps, sans s’arrêter, jusqu’au jour où il rencontra le dieu-guérisseur Thunor.

Thunor avait été expulsé d’Arcadie bien des années avant Maa-Alune. Le bienveillant dieu-corbeau emmena Maa-Alune au creux des montagnes, là où il résidait. Thunor dévoilà à Maa-Alune la civilisation qu’il avait créé grâce aux maigres pouvoirs qu’il lui restait. Sous les yeux bienveillants du dieu-corbeau, les Babyloniens vivaient paisiblement dans une merveilleuse cité sculptée à même les montagnes.

Inspiré par l’œuvre de Thunor, Maa-Alune descendit des montages et partit à la recherche d’une terre qui se plierait à ses désirs. Il revint sur le chemin déjà parcouru, retraversant vallées, montagnes, rivières. Il choisit une portion de terre qui s’avançait entre la mer de Damuzi et la mer de Suen. La terre y était argileuse et riche, de vastes steppes couvraient le sol d’une herbe tendre au nord et le sud était piqué de montagnes escarpées enveloppées d’une forêt épaisse au sud. Maa-Alune entreprit donc, sur cette terre au Centre du Monde, de créer le peuple d’Ambre.

– Extrait de La Naissance d’Ambre par Salem le Pieu

*
* *

Le bateau tangue sous les assauts déchaînés de la mer de Suen. Une tâche d’encre s’étale sur mon vélin et le papier boit avidement mes écrits. Voilà une partie de plus à recommencer. Je me prends la tête dans les mains et soupire de frustration. La faible lumière de la lampe suspendue au dessus de ma tête tremblote lorsque qu’une bourrasque d’air froid entre en même temps que Veroé. Ses longs cheveux noirs et ses vêtements dégoulinent de pluie, mais sur son visage s’étire un sourire radieux. L’air de la mer et ses tempêtes lui va bien. Devant mon expression morbide, son air triomphal se transforme en moue inquiète. Son regard se pose sur la pile de papier éparpillée sur mon bureau et sur le gaspillage d’encre.

-Tu es bien décidé, n’est-ce pas ?
-Oui, mais je n’avance pas vite. Le bateau… »

Je laisse la phrase en suspends alors qu’une brusque secousse fait trembler notre navire. Veroé s’accroche à la petite table. Avec un soupir agacé elle relève la tête et plante ses yeux noirs dans les miens.

-Tu es sur que c’est ton travail d’écrire tout ça ? Ne peux-tu pas tout lâcher enfin et te donner tout entier à cette nouvelle vie qui s’ouvre devant nous ?

Elle pétille de détermination et de liberté folle. Ni la promiscuité, ni la température de chien, ni mon humeur sombre n’arrivent à tarir son envie d’affronter le monde. Je reste ainsi à l’observer un moment. Elle rassemble ses cheveux pour les tordre puis se secoue comme un chien pour enlever ce qui reste d’eau. Ses gestes sont vifs et précis, elle déborde de vie. Je soupire encore une fois. J’aimerais tant ne plus sentir d’attaches comme elle.

-Il est tard. Nous devrions nous coucher. Tu as l’air épuisé. Tu reprendras ton travail demain, si tu y tiens.

Elle m’arrache la plume des mains et elle entreprend de ranger les pots d’encre et les vélins encore vierges. Elle chiffonne d’un geste déterminé ceux qui sont tâchés. Entre temps, je m’installe sur le minuscule lit que nous devons partager. J’enlève mes bottes, puis mes chausses et ma chemise. Je ne suis pas sorti dehors aujourd’hui, mais je suis tout de même trempé. Satané humidité.

Veroé me rejoint après avoir étendu ses vêtements sur une petite corde à linge dans l’espoir que ses vêtements sèchent un peu. Elle se roule en boule contre moi en frissonnant. Elle soupire plus doucement :

-J’aimerais que tu sois complètement avec moi.
-Je sais. Mais si je ne le fais pas, qui le fera ?

Veroé hausse les épaules. Non. Il faut que je raconte.

Publicités

Poster un commentaire

Classé dans Ambre, Stories & Essays

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s