La semaine dernière j’ai fait quelque chose d’important

Goodbye My Lover by Korny Pnk
Je me souviens d’une soirée de mars 2006 comme si c’était hier. J’étais dans une Jetta grise foncé, assise confortablement sur une banquette de cuir noir. Je revenais du cabaret des auteurs du dimanche. J’étais avec Nicolas. En chemin, nous avions discuté de livres que nous aimions. Je lui ai dit que je lisais un Barrico en ce moment et il m’avait répondu qu’il avait adoré City. Moi aussi ! Je l’avais lu au secondaire, je ne savais même pas que c’était un livre de lui.

C’était Nicolas qui conduisait, il me ramenait chez lui pour que de là je puisse me rendre chez moi. C’était un peu un rituel. Nous profitions du dimanche tard pour discuter un peu dans la voiture.

Ce dimanche là, Nicolas m’a proposé d’écrire avec lui. Il avait déjà pensé à tout : un blogue sur lequel nous allions nous répondre tour à tour avec de petits textes. Lui ferait la fille, je ferais le garçon. Ça s’appellerait Deux Fois Une Vie. Ce serait de courts billets où nous incarnerions quelqu’un d’autre. Où nous écririons au « Je ». C’était un jeu.

Et nous avons joué, un an. Nicolas est parti en France peu de temps après la fermeture de notre blog. Je me souviens, nous avons écrit notre dernier billet ensemble, chez lui. Nous l’avons laissé là une semaine, puis nous avons tout détruit.

En fait, non, ce n’est pas vrai. Nous avons gardé une copie pour nous. Lorsque nous avons pris la décision de détruire notre blogue, j’ai dit à Nicolas. « Si nous supprimons notre blogue, je crois que nous devrions travailler le texte et le publier. » Il était d’accord.

Ensuite, Nicolas est parti. Il était déjà malade quand il est parti. Un cancer. Puis, quand il est parti je n’ai plus entendu parler de lui. Ce n’est pas vraiment de sa faute, ni de la mienne non plus. Lui était malade, de son côté et moi j’étais blessé sur plusieurs niveaux du mien. Il était trop faible pour m’écrire et moi j’étais trop faible pour demander de ses nouvelles. Lorsqu’il est revenu, il ne m’a rien dit. Je l’ai appris d’un ami.

Je ne sais pas pourquoi, mais ça m’a mise en colère noire. Je comprenais qu’il était malade et que c’était dur de garder le contact, mais que tout le monde soit au courant, sauf moi, ça m’a mis hors de moi.

Un jour j’ai reçu un courriel de sa part, me disant qu’il allait mieux, qu’il aimerait avoir de mes nouvelles. Et puis je ne sais pas, je n’étais pas prête. Je ne voyais plus comment il pouvait m’apporter quelque chose. C’est idiot ! Je lui ai dit que je le contacterais quand je serais prête. Après tout, il avait fait la même chose. Il a dit oui. Je pense que je lui ai fait de la peine.

Je ne sais pas trop pourquoi, à l’aube de mon 21 anniversaire je me suis dit que j’étais complètement puérile. Peut-être après avoir lu ceci. Je ne sais pas si ça parle de moi, mais c’est ce que j’ai compris. J’ai découvert que mon souffle de colère était passé depuis longtemps et qu’il était temps de faire quelque chose. J’ai contacté Nicolas et je me suis excusé. Je ne suis allé le voir qu’une fois à l’hôpital alors que j’aurais du y aller bien plus de fois. Je regrette beaucoup.

Nicolas est décédé le 2 août 2008. Une semaine exactement après qu’il m’ait envoyé un courriel me disant qu’il ne m’oubliait pas, mais qu’il était fatigué. Qu’il lui restait encore quelques traitements à faire et il serait sorti d’affaire. Ça ma donné une telle claque au visage. C’est mon frérot qui me l’a annoncé. Je ne comprenais pas. Je ne comprends toujours pas.

Depuis sa mort, je me surprends à penser à notre amitié à Nicolas et moi. Puis à relire Deux Fois Une Vie que nous avions promis de publier. Je ne sais pas si c’est pour me faire pardonner, mais j’ai travaillé le texte. Je l’ai poli, lustré, aimé comme je n’ai jamais aimé un livre. Je l’ai rendu parfait, je crois. Au meilleur qu’il peut être.

Et je l’ai envoyé à des maisons d’éditions.

C’est un peu ma manière de lui dire que je l’aime. Qu’il me manque beaucoup. Que je regrette, mais je ne pourrai jamais lui dire. En même temps, je suis tellement soulagé d’avoir fait la paix avec lui avant qu’il ne parte. Je pense que c’est la meilleure chose que je puisse faire pour honorer son amitié.

M’enfin bref, c’était très important pour moi. Croisez les doigts pour moi, s’il vous plait, faut que j’arrive au bout de Notre rêve.


Photo par Korny Pnk

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2 Commentaires

Classé dans Tranche de vie

2 réponses à “La semaine dernière j’ai fait quelque chose d’important

  1. Ednid

    En passant chérie, Nic est décédé le 1er août pour être sûr qu’on pense à lui à tous les premiers du mois (et ça l’a marché). T’as oublié de dire dans ton texte que vous avez niaisé une dinde pendant genre 6 mois en y faisant croire que TVA vous avait contacté et patati et patata…grrrrrrrrr!!!!

    Et t’inquiète pour Votre rêve, tu as en masse le temps pour le réaliser, I trust you. J’espère te voir à la fête de ton frérot.

    Tendre Hélène

  2. 1er, c’est noté.

    Pour ce qui est de la fête à frérot, je vais voir avec Alex, on était supposé faire de quoi ensemble, mais on pourrait p-e combiner les deux!

    Et puis si Nic et moi t’avons mené en bourrique, c’est parce qu’on t’aime, t’ul sais bien.

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