Hush-Hush

Non

Accoudée au comptoir, je bouscule les glaçons du bout de ma paille. J’ai de la brume de dans la tête. Mon khôl a fuit de l’intérieur de mes paupières dorées et je sais que j’ai le regard noirci comme au cinéma. Le rhum et la vodka m’enveloppent tendrement dans un monde ouaté. Les gens qui dansent s’étirent en faisceaux de lumière. Devant moi; une toile abstraite et bruyante. Je me sens observée, mais je fixe obstinément mes genoux. L’un d’eux est éraflé. Je suis du bout du doigt la blessure inégale en vidant mon verre.

Un jeune homme se faufile à mes côtés et me chuchote quelque chose à l’oreille, mais ses mots se perdent dans la musique ambiante. Je le regarde de haut en bas, yeux sombres, bouche fine, mâchoire forte, torse mince, un jeans un peu abîmé aux genoux et en bas. Il est beau, il le sait, mais il ne m’intéresse pas.

Je détourne la tête et commande un autre verre. Le garçon pose la main sur mon genou et me demande où je me suis fait ça. Il est arrogant, trop sur de lui. Le barman me tend mon verre, mais le jeune homme m’attire sur la piste de danse.

Mon esprit élance, mais mon corps suit mon compagnon. Il impose son rythme, envahit mes perceptions. Sa main dans mon dos me rapproche de lui, mais je glisse à ses côtés. Le jeu ne m’amuse pas. Je n’ai pas envie de le séduire ni de l’emmener nulle part. Mes mains glissent sur ses bras. Les gens me pressent contre lui. Il approche son visage du mien et comme il arrive pour m’imposer un baiser je lui dis que je suis tombée dans la rue plus tôt. Il me regarde, perplexe et je lui dit que je me suis fait mal au genou en tombant dans la rue.

Lentement je me surprends à inverser les rôles. Je lui dicte un rythme, un mouvement, une proximité. Il se laisse faire. Nous pensons tous deux diriger. La danse est interminable et au beau milieu de la nuit, les lumières se rallument. Je lui griffonne une adresse fictive sur le bras et je retourne chez moi.

Ça se termine comme ça, il n’y a rien à dire, pas de dénouement parce que je n’ai pas envie d’embrumer ma tête une autre fois. J’efface le khôl de mon visage, les paillettes aussi. J’enlève mécaniquement mes boucles d’oreilles et mes souliers. Je désinfecte mon genou, mais il n’y a rien à faire, ça ne cicatrisera pas.

Hush par Yummyauri

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1 commentaire

Classé dans Avant Wordpress, Short Stories

Une réponse à “Hush-Hush

  1. Generation Rose

    Il est beau ce texte comme ces mots et les photos sur flickr et Deviant.

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