After Party

Tu sens le Axe et ça me rappelle que c’est cheap, tout ça. Le motel, le miroir au plafond qui me revoie mon regard cerné, la tapisserie aux motifs orange rehaussés de vert délavé, cette baise casual, tout ça. Tu m’emmènes ici parce que ta mère flipperait de nous entendre dans ta chambre. Le décor fitte plus ici.

Le lit fait des drôles de sons, dans notre chambre et dans celle d’à côté. C’est fou ce qu’on n’est pas spéciaux, différent, moindrement originaux. Tu ne m’allumes plus du tout, l’alcool est en train de quitter mon corps avec ma sueur. Je dégrise et la réalité me revient comme une claque sur mon visage trop blanc.

Tu me cognes la tête sur le mur en me lançant sur le lit comme une guenille, une grosse pièce de viande chaude, un peu flasque, saoule. Ta barbe m’égratigne le visage alors que tu me nettoie comme un chien, c’est des plus turn off. Je t’arrache sans conviction ta chemise tight, les boutons sautent même si je ne tire pas fort. Ça ressemble à un film de série B, un truc cliché avec peu de budget. Tu t’acharnes un moment sur le zipper de ma jupe et finalement tu t’énerves et tu la relève. Les draps collent à ma peau, ils font partie de moi, on dirait que j’ai des ailes de chiffon que tu t’amuses à tordre.

J’ai froid, même si je ne devrais pas. Le thermostat est à fond dans la pièce et toi tu es bouillant. La chair de poule hérisse ma peau, j’ai des frissons que tu t’empresses d’atténuer avec tes grosses pattes. Tu ne veux pas mal faire. Tu le fais juste mal. Tu désagrafes ma brassière trop chère pour mes moyens et la jette comme si de rien n’était sur la lampe affreuse qui trône sur la table de chevet bancale.

Tu me grogne dans les oreilles, mordille mon lobe, mais je n’y comprend rien. Ton haleine et ta langue veulent devenir miennes. Je me concentre un moment sur la musique que fait la route, à quelques pas de notre chambre. Je pourrais me lever et me lancer sur une remorque. Entre ton corps qui massacre le mien ou un camion, il n’y a pas grande différence. Quelques coups de boutoir, le lit qui veut mourir et je fake un orgasme pour que tu me laisse tranquille. Tu roules sur le côté, satisfait.

L’eau finit de faire partir mon odeur, la tienne, mon malaise. Le jet est dur, franc, il martèle ma peau jusqu’à l’engourdir. Je masse mon corps comme pour le rapiécer, le réparer. Finalement, je me glisse sous les couvertures, contre ton corps. Je ne vis que pour ces moments où tu ne demandes rien. Je me glisse contre toi, dans le champ de bataille où je perds toujours.

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8 Commentaires

Classé dans Avant Wordpress, Short Stories

8 réponses à “After Party

  1. O.

    Wow… j’espère ne jamais faire vivre quelque chose du genre à une fille malgré moi…

    très beau texte, vraiment.

  2. le prof actuel

    Fiction ou réalité, j’espère seulement ne jamais être une copie de l’amant « indésiré » de l’histoire… Je confirme l’éloge précédente par rapport à l’écriture ; c’était les 5 minutes les plus passionnantes de ma semaine à date. J’adore

  3. Nicolas

    Touché.

    Sincèrement, tu maîtrises totalement l’écriture avec ce texte.

  4. Rocklapin

    oui ouin , cest ca que tu ecries pendant que je faie des biscuit!!

  5. dind'

    Le axe ça pu le calisse et ça me donne envie de vomir.

    Honte à tous ceux qui sont assez cave pour croire qu’un parfum qui sent la guidoune sale va attirer les jeunes filles en chaleur…

  6. Anonymous

    En te lisant je me suis senti spectateur, voyeur malgré moi.

    Je confirme moi aussi. Très bon texte.

  7. Zulie

    wow!!
    Tombée sous le charme.. j’avoue..
    Tu viens de te faire une nouvelle fan.

    Vraiment géniale!
    ;o)

  8. Pingback: Encore des questions « Sans Saveur Ni Odeur

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