Fantasies are nice (no.7)

Je vous aime, Alexandre Lamontagne-Varrière.

Malgré mes efforts et ma volonté, malgré toutes les raisons et déraisons, j’en reviens toujours à vous. À cette nuit où j’étais ivre et vous ailleurs.

Dès le souper, assis à la grande table de noyer chargée de chandeliers, de fleurs odorantes, d’ustensiles argent et doré, de vin rubis et de plat colorés et fumants, dès le début du repas, vous à une extrémité et moi à l’autre, je n’ai pu m’empêcher de vous remarquer.

Puis les voix m’on assommées. Les discussions des hommes ont vite eu raison de mon attention et mon ami le vin m’a réconforté dans ma solitude. Je suis allé danser, seule, dans le grand salon où jouait le vieux gramophone. J’étais ivre et jeune, mais je dansais loin de la fumée des cigares. Ma coiffure soignée ne tenait plus très bien, laissant tomber de larges mèches bouclées sur mon cou.

Et tu es descendu. Tu avais mal à la tête. C’est ce que la fumée te fait. Comme à moi. Tu as dansé avec le vieux chien et je t’ai trouvé drôle. Puis j’ai voulu être sa place alors je t’ai dit «Maintenant, vient danser avec moi.»

Alors tu es venu. Tu as serré ma main, une fois de temps en temps. Doucement nous avons commencé à tourner. Nous étions maladroits. Et beaux. Je riais, je ne pouvais m’en empêcher. Je tournais dans le mauvais sens, qu’importe. Tu m’a fait un baisemain et je me suis exclamé : «Mais tu es un homme formidable!» Nous dansions et je riais à gorge déployée. Tu me trouvais belle et tu me l’as dit. C’était normal. Et je t’ai aimé sur le champ. Je t’ai dit : «D’accord, alors tombe amoureux de moi.» Avant que tu ne répondes, j’ai posé un doigt sur tes lèvres roses et j’ai ajouté : «mais c’est un secret…»

La musique ne s’arrêtait pas et c’était comme si nous étions seuls. Tu embrassais mes mains, ma gorge, mes épaules nues et parfois mes lèvres. Tes baisers étaient doux et je te trouvais charmant. J’étais amoureuse et je voulais m’enfuir. Je savourais ton attention.

Entre deux temps, je t’ai pointé un homme distingué qui dansait avec une autre femme. L’hôtesse. Il était grand et large. Blond de royauté. Son complet était parfait, comme son visage et ses manières. Je t’ai dit, et c’était la vérité : «Tu vois cet homme qui danse avec la fille là-bas… c’est mon homme.» Tu l’as regardé avec de la peine et des armes dans les yeux puis tu m’as répondu en me serrant : « Je m’en fous.» Puis, comme la question ne pouvait rester dans ta tête, tu m’as demandé si je l’aimais. Je ne pouvais te répondre parce que cela t’aurait tué. Je t’aimais. J’ai déposé mon doigt sur tes lèvres. Et je m’en foutais, que je l’aime. Je me suis laissé entraîner par tes pas. Loin de mon homme qui discutait avec les autres. Loin des cigares et des mensonges. Je te disais «Chut.» parce que j’avais peur. À chacun de tes baisers je te répétais «c’est un secret» et j’avais raison.

J’ai voulu t’entraîner plus loin encore. Les gens se rapprochaient. Dehors, il faisait froid. Ma main dans la tienne, nous avons marché sur la luxueuse terrasse. Longtemps, parce que j’avais peur de moi, je t’ai parlé de ma vie et de mes projets. Tu m’écoutais et tu souriais, toi aussi.

Je me foutais d’aimer cet autre homme et toi aussi, d’ailleurs. Tu étais tout proche de moi et cette idylle je la vivait à chaque battement de mon cœur. Je suis tombée amoureuse de toi, Alexandre.

À cause de tes yeux verts et tes sourires, tes baisers sur mes mains, ma gorge, mes épaules nues et mes lèvres, parfois. À cause que tu me dis que je suis belle, parce que tu fais partie de mon secret. Tu me regardais et je n’en pouvais plus. Je voulais laisser la grande terrasse et le gramophone et le vin et les chandeliers sur la table de noyer. Partir. Mais ce n’était que l’idylle d’un moment.

Et je revois ton visage avec trop de netteté. Il me suit, ce visage, Alexandre. Je ne veux pas t’imaginer parce que cela me rappelle que tu es vrai. Parce que me souvenir de toi est affirmer cette péripétie qui ne fait aucun sens.

Et j’ai fait l’amour avec mon homme ce soir là. Parce que je n’ai pas osé t’emmener dans une chambre à l’étage, pour affirmer le secret. Le lendemain, je me suis rendue compte qu’au contraire cela avait beaucoup plus de sens qu’il n’y paraissait. Tu es parti sans même me dire au revoir. Ni à personne, tant bien que personne ne savait que tu avais quitté durant la nuit, alors que j’étais déshabillée par un autre amant.

Je ne peux plus respirer tant j’ai peur. Comment je suis certaine que je t’aime. Combien notre secret est réel, dans ma peau et dans ma tête. Nous avons «été ensemble», quelle belle association de mots! Nous avons été ensemble.

J’espère que tu te souviendras de moi un peu autrement que comme une farce de la destinée. Je ne veux pas avoir été simplement un élément du décor ; il faut que tu te souviennes un peu.

Je voudrais que tu te souviennes de notre idylle d’un soir.

Parce que j’ai tout plein de choses plus importantes à faire.
C’est une réponse au texte Idylle d’un soir de Kitar Sami, un exercice de style au féminin.

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1 commentaire

Classé dans Avant Wordpress, Fantasies are Nice

Une réponse à “Fantasies are nice (no.7)

  1. Nicolas

    J’aime beaucoup ce texte.

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