Carnage

Ça emplissait l’air d’une odeur de brûlé, comme de la chair grillée. Je suis restée un moment étendue dans le lac de malaise dans lequel je nageais. Ma tête tournait encore, mais plus à cause de l’abrutissement momentané du retour à la réalité que de l’excitation qui m’avait poussé dans le carnage que j’avais perpétré au beau milieu de la nuit qui venait de s’achever. Mes membres ne portaient pas de marques, mais ma peau entière était marquée de coups de griffes et de bleus sanglants.

Le corps prenait la moitié de mon lit défait. J’ai tourné mes yeux rougis vers la masse de chair collante. Je n’avais laissé aucune chance à la malheureuse créature qui m’avait fait confiance. Quelques secondes avaient suffit à détruire tous les liens que j’avais patiemment tissé avec la chose. J’avais beau essayer de me rappeler ces moments où j’avais partagé un certain bonheur avec l’esprit qui avait habité ce corps, mais je n’arrivais plus à ressentir quoi que ce soit. Je savais seulement qu’où il y avait eu quelque chose, il ne restait plus rien. Comme quand on constate un changement de couleur sur un mur où il y a longtemps eu un cadre. Il ne reste rien du cadre, ni de son image, seulement un carré gênant.

Il ouvrit les yeux et me sourit. J’ai eu un mouvement de recul. Il n’y avait rien dans ce regard. Il n’y avait rien dans le regard que son regard me reflétait. J’observais un mort. Il se leva, nu, en emportant les draps dans une pièce voisine. Il me laissa frigorifié dans l’odeur de chair consummée.

L’être avait déjà été associé à quelque chose, mais j’avais consommé son innocence sans aucun scrupule. Curieusement, mon malaise ne venait pas de mon méfait, mais de ne plus le percevoir dans ma gamme d’émotions. Je n’étais pas triste, je ne ressentais plus rien pour lui.

Il revint, se pencha au dessus de moi. Je lui mordis les lèvres fortement afin de le chasser. Sa salive qui goûtait l’absence. Il se prit la bouche,blessé, ne comprenant visiblement pas mon attaque. Toujours couchée sur le dos, les bras le long du corps, j’essayais de savoir qui il était et pourquoi il voulait que je l’embrasse. Il était vide, il n’existait plus pour moi. Mort.

Je m’en allai dans la rue glaciale. Il avait essayé de me retenir. Tout en donnant des coups de pied dans les roches devant moi, j’essayais de me rappeler qui était l’homme. Rattraper quelques souvenirs, mais rien. J’avais tout effacé.

Bof ça fait longtemps que ça traîne
dans mes fichiers.
Nightmares are evil, perhaps?

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