Archives mensuelles : janvier 2006

La fille de la lune

Je suis la fille de la lune polyphone aux yeux d’airain. Ma froideur n’a d’égale que la mort dans ses habits de loques tranchantes. Je suis vaste comme le ciel, affable comme les terres Icares. Mes doigts sont raides comme les récifs, la geule grande ouverte pour avaler les mensonges bleutés. Mes mains siréniennes et immenses servent à étouffer le preux et le vertueux. Mes poignets aux allures hirsutes chanssent comme la bête fauve. Glacée et inflexible. Mes bras sont longs comme la lande d’une mer de verre, prêts à frapper le dos du vieux et de la femme hachasse. Mes épaules sont épineuses, comme un poison longtemps mijoté et dur comme la vengeance. Mon cou, trapu, large et immensément solide est collé aux regrets et aux remords des bêtes qui jonchent les vallées jaunes. Mon menton est carré, sans sortie, brillant de désespoirs bavars et paronymes. Ma machoire est une volute qui se module au son des agonies humaines, délicate et dangereuse comme les failles du coeur de la Terre. Mes dents sont gâtées, croches, émaillées, plates, mais aussi tranchantes que la trahison. Redoutée comme le sang mauvais. Mes lèvres sont belles, pleines et douces de malheur et de peste gueusaille. Mon nez souffel les pires doutes. Il est fixe, comme les lueurs de la mort par balle. À bout portant sur les âmes blanches. Mes yeux sont des puits de noirceur artérielle remplis de cimeterres qui vont sous la peau pour expluser la bonté des corps. Mon iris se rétracte avec méchanceté et lacère de mauvaise conscience mon hérissé partenaire. Mes cils sont un éventail d’années perdues. Mes sourcils étroitements arqués comme les mares de pétrole nauséabond et mortel, chasse le soleil. Mon front est haut, forcé, placardé de prières dissoutes. Mes oreilles sont petites, ridicules dans leur cruauté à ne pas distiller les mots. Mes cheveux sont longs, épais, plus noirs que le fond de la mer. Il trainent sur la Terre en nuages et en éclairs. Mon buste est d’acier, oxydé par la froideur de mon coeur absent. Ce coeur halicte a volé en éclat le jour de ma naissance et a pourrit dans mon intérieur. Putréfiant mes organes. Mes seins ont la forme de la pleinitude des astres féconds et décédés. À mes horribles mamelles pendent des démons pactéides. Nourris d’un lait acouphène. Mon ventre est creux, tué par des déflagrations venimeuses. Mon bassin et mes hanches sont flasque comme les étangs moîrates aux allures agares. Mon sexe est rouge de bombardements hargneux, tuant et charcutant celui qui voudra le soigner. Mes cuisses malabres et tannées sont hautes comme les tours d’argent qui font une ombre de mauvais augure. Mes jambes sont handicapées et je ne peux me sauver du fouet et de l’étoile. Mes chevilles sont le taudit des chiens affamés et mes orteils la résidence implosée des amours incestueux. Je suis la bêtise humaine et je ris de vous mes pauvres créateurs. Je suis née pour détruire les rêves de glace.

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