Les plumes

Les ailes battent lentement, la dernière fois peut-être.

La première plume se détache, elle flotte, virevolte.
Les vagues des monts sont déchaînées. Il pleut des dents de noirceur. Il fait froid et les arbres lancent leurs complaintes aux ciels muets. Le ciel est bas ce soir.

Les ailes battent lentement, la dernière fois peut-être.

La seconde plume est arrachée, terrasée par les éclairs de colère.
Bercée par les souffles chaleureux de Poséidon, il faut pleurer pour se nettoyer.
Les colines pleurent, elles, les jours d’étés qui ne finissent plus.

Les ailes battent lentement, la dernière fois peut-être.

Troisième plume qui s’envole du nid.
Les hommes meurent de ne pas savoir aimer. Les fils des jours sont mêlés et mes doigts sont trop tristes pour défiler. Les choeurs chantent trop fort la nuit.

Les ailes battent lentement, la dernière fois peut-être.

La quatrième plume regrette sa mère.
Pleurer un enfant perdu. Le fond des rivières sont tapissés de secrets. Les pièces qui chauffent au soleil sont des trésors plus jolis que les cheveux du destin. Pourquoi casser le verre des vitraux si la lumière les fait chanter?

Les ailes battent lentement, la dernière fois peut-être.

La cinquième plume est douce.
Le soleil chauffe la terre craquelée de chagrins brisés. Respirer la poussière des souvenirs. Oublier les temps durs qui poussent les aiguilles dans notre dos. La neige sera froide.

Les ailes battent lentement, la dernière fois peut-être.

La sixième plume voudrait rester.
Les années implosent, gonflent sous le souffle de l’enfant trop avare. Toucher la fourrure a rebousse poil. Siffler l’écume des vagues pour les renvoyer dans le coeur des femmes.

Les ailes battent lentement, la dernière fois peut-être.

La septième soeur crie la liberté.
Les pensées des étoiles brillent comme leurs cousines les coquillages. Des cristaux de blancheur qui se glissent sous les draps de velour rouge. L’épée et le sang du peuple qui dore les murs jaunis de fumée.

Les ailes battent lentement, la dernière fois peut-être.

La huitième plume touche les joues de ses frères en souriant.
L’amour de la femme pour les récifs est solide. Les âmes percées par le temps ne se souviennent plus comment embrasser. Les secrets se perdent, l’art va mourir.

Les ailes battent lentement, la dernière fois peut-être.

Le neuvième est la plus complète.
Les guerres de tempêtes font rage. Il faut bercer les tentures et les ventres. La seule vérité en ce monde est la douceur d’une âme contre la sienne. Aime! toi vivant qui respire mon espace, aime, c’est tout ce que je te demande.

Les ailes battent lentement, pour la dernière fois. La dixième ne quittera jamais son lit.

Publicités

3 Commentaires

Classé dans Avant Wordpress, Poésie

3 réponses à “Les plumes

  1. Le théoricien

    Très jolie. Sans saveurs ni odeurs peut-être, mais pas sans émotion.
    Esperons que ta plume ne se détachera pas et que tu continura à écrire.

  2. Nicolas

    Excellent!

    Je l’ai déjà dit, je sais, mais t’écris bien.

  3. dinde sans plume

    Sulfure, je déteste Poséidon, il va falloir que tu m’expliques un jour ce qu’il fait dans ton texte, j’espère que c’est pas l’influence néfaste de Chalifour! Ouais pis je pense qu’il ne faut surtout pas dire à Tapin Tv que le chapeau dans notre casier est fait en poil de lapin et qu’il a été porté par sa maman. Le choc serait trop dur pour lui, déjà qu’il est dans la controverse…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s